Cérémonie de remise des Palmes académiques au père Boris Gudziak par Son Excellence, Monsieur Jean-Paul Veziant, Ambassadeur de France en Ukraine
Lviv, 12 juin 2006
Monsieur le Recteur,
C’est un honneur pour moi de m’adresser à vous aujourd’hui dans le contexte si particulier de ces semaines sociales œcuméniques. C’est aussi avec plaisir et fierté que je vais vous remettre la distinction des Palmes Académiques
Père Borys,
Les institutions françaises sont marquées par une stricte tradition de laïcité. Mais, en France, les questions religieuses, d’éthique, d’engagement moral, les références à la dimension spirituelle des valeurs, ces valeurs qui fondent toute société, marquent toujours fortement notre réflexion. Les « Semaines Sociales » en portent témoignage.
Pour l’avenir de l’Europe centrale et orientale, et en particulier celui de l’Ukraine, ces questions sont aussi très actuelles. Dans ce contexte, je voudrais vous dire que la France, mon pays, vous est très reconnaissante de votre engagement spirituel et intellectuel à la cause de l’oecuménisme et du dialogue interconfessionnel : elle veut, aujourd’hui, lui rendre hommage.
Permettez-moi de revenir rapidement sur votre carrière universitaire et le rôle que vous avez joué dans la renaissance du milieu académique théologique en Ukraine.
Par vos recherches, vous avez montré que les oppositions entre les différentes juridictions orthodoxes d’Ukraine sont surmontables dans l’absolu. Avec beaucoup de sagesse, vous avez plaidé pour la « dépolitisation » de l’Union de Brest au profit d’un retour du spirituel et du religieux dans les analyses historiques actuelles. Vous avez montré le désir de réforme et d’unité de l’Eglise orthodoxe. Cette unité, dont Saint Augustin écrivait qu’elle était la forme de toute beauté, (splendor formae), est au cœur de vos recherches : elle transparaît dans votre livre intitulé Crises et réformes : le Métropolite de Kiev, le Patriarche de Constantinople et la genèse de l’Union de Brest.
Unité et beauté ont aussi été des motifs importants des évènements de la fin 2004 : votre université et vous même y avez participé dans le cadre de ce que vous appelé « la révolution de l’esprit ». Cette participation était sous-tendue par une vision à long terme, votre vision, de la renaissance et de la reconstruction de l’Ukraine sur une base spirituelle moderne.
Votre investissement le plus précieux n’est-il pas avant tout immatériel ? Vous misez sur la formation des jeunes générations, celles qui n’ont pas connu le régime soviétique et les répressions religieuses, celles qui sont porteur d’avenir et d’espoir.
Mais il serait injuste de ne parler que de votre parcours académique et spirituel : vous êtes également un homme d’action, organisateur hors pair, un bâtisseur. J’ai pu m’en apercevoir chaque fois que j’ai franchi le seuil de votre université, incontestablement la plus moderne de toutes celles que j’ai pu voir dans ce pays. Faculté de théologie, nouveau projet de complexe éducatif, culturel et spirituel dans le centre de Lviv, on ne compte plus vos chantiers.
Vous avez surtout réalisé le vœu du patriarche Slypij, le fondateur de l’Université catholique ukrainienne à Rome en 1963 : vous avez réouvert l’Académie de théologie de Lviv, et ce dès 1994. Cette académie est devenue une université, l’Université catholique d’Ukraine en l’an 2000 ; vous en avez pris la direction avec la bénédiction et l’appui du Cardinal Husar. Votre équipe compte aujourd’hui plusieurs centaines de personnes, venues d’Ukraine ou d’ailleurs. Elles ont toutes cru en votre charisme et dans ce projet audacieux. Vous avez réussi à convaincre l’un de mes compatriotes, Antoine Arjakovsky, à vous rejoindre. Vous lui avez confié l’important projet d’Institut d’études oecuméniques qui a ouvert ses portes en 2005 et avec lequel notre Ambassade coopère étroitement.
Père Borys,
Pour tout ce que vous faites au bénéfice de l’Ukraine, notamment pour son ouverture au monde, au nom de Madame la Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, je vous décore de l’ordre de Chevalier des Palmes académiques.